Heureuse d’un printemps… de plus!

20 Mar

Heureuse d’un printemps… de plus!

La régularité d’une goutte… La neige qui fond sous le chaud soleil du printemps. Toc. Toc. Telle un métronome, elle marque le rythme. Le gazouillis des oiseaux semble même s’y harmoniser. Toc. Toc. Le vent fait bruisser les branches des arbres, dans une douce mouvance. On dirait une mélodie qui prend place.

Ce rythme, c’est aussi celui des saisons qui se succèdent, celui des nos printemps qui s’accumulent. Toc. Toc. Le temps laisse son empreinte, sa marque. Toc. Toc. On n’y échappe pas.

Toute petite, je voulais fuir le temps qui passe. « Le temps qui passe. » Je ne le voyais jamais passer, moi…  « Le temps a passé vite ! » disaient les adultes. « Où ça ? Où ça ? » Je n’arrivais jamais à le voir passer. Et puis, j’ai eu envie que le temps passe moins vite, parce que j’aimais la vie, parce que j’aimais mes jeux d’enfant et que je n’avais pas hâte au jour où ces jeux ne m’intéresseraient même plus. Quelle tristesse ça allait être ! J’ai donc fait un plan.

Devant chez moi, il y avait la maison des Constantineau. Sous leur galerie, il y avait un treillis qui descendait jusqu’au sol. Derrière se révélait un grand espace, à l’abri des regards. Là, ce serait parfait. J’allais m’y cacher. Longtemps. Et ainsi, quand le temps allait passer dans ma rue, il ne me verrait pas. Il m’oublierait. J’allais donc pouvoir rester une petite fille plus longtemps.

Que s’est-il passé ? Ma mère m’a-t-elle appelée pour rentrer souper ? Les Constantineau m’ont-ils proposé de jouer quand j’ai posé le pied dans leur cour ? Je ne sais plus. Je sais seulement que je ne me suis pas cachée. Le temps a passé. Toc. Toc. Et je suis là, à profiter du soleil alors que la neige fond. En fait, je soupçonne que la fièvre du printemps, ce ne soit que pour nous faire oublier que c’est un printemps de plus !

Un jour, je serai vieille et ridée. Un jour, je passerai devant la glace et m’exclamerai, comme ma tante la semaine dernière : « Ha! Je ne m’habitue pas à me voir aussi vieille ! ». Et je penserai à mes quatre ans, et je penserai à tous ces printemps qu’on a accueillis si gaiement et à cette goutte, qui tombe, inexorablement. « Combien de gouttes encore ? »  me demanderai-je. Puis, j’aurai ce sentiment de n’avoir été pas plus qu’une goutte dans une mer d’humanité. Et quand ma goutte, à moi, se perdra dans l’océan, alors que le printemps, lui, continuera de renaître, de là où je serai, je repenserai à la douceur du vent sur ma peau, au gazouillis des oiseaux et à la douce chaleur du soleil. « J’ai bien fait de ne pas rester cachée », me dirai-je.

 

 

(Photo: Yves Ouellette)

  • Sophie

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