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Citoyen du monde

5 Juin

Citoyen du monde

Je suis au café, comme à chaque mercredi soir, et j’attends pour payer mon thé vert. « Avez-vous immigré ici illégalement, mademoiselle? » me demande l’homme à ma droite. Je tourne vers lui un regard interloqué, avant de regarder mes vêtements à la recherche d’un signe qui pourrait bien lui laisser croire que j’ai immigré. Mon regard s’arrête sur le bouquin que je transporte et j’éclate de rire: « Identité nationale et immigration, la liaison dangereuse ».

« Eh non! Je suis née ici, mais l’immigration et l’intégration sont des sujets qui m’intéressent beaucoup, lui ai-je lancé en souriant.
– À mon avis, il ne devrait pas y avoir de lois.
– Pas de lois d’immigration?
– Oui. Ce serait bien si on abolissait les frontières et qu’on devenait tout simplement Terriens… avec un brin de marxisme. »

L’idée m’a fait sourire. Que deviendrait la Terre sans frontières? Que serait le Canada sans lois ni quotas d’immigration? Les gens ne voudraient-ils pas tous habiter les mêmes coins de la Terre? […]

Le jour où la marche ne s’est pas arrêtée

7 Mai

Le jour où la marche ne s’est pas arrêtée

Ils s’étaient rassemblés pour défendre ce qu’ils estimaient être un droit fondamental. Le temps était bon, l’humeur était joyeuse. Ensemble, ils ont entamé la marche. Hommes, femmes, enfants, ayant aux pieds chaussures de ville comme chaussures de marche, tous allaient d’un même pas. C’était un grand rendez-vous, tous étaient vêtus proprement: ils allaient rencontrer l’instance décisionnaire.

Au début du parcours, aucun obstacle, aucune présence policière. Ils en ont été un peu surpris. Ils n’en étaient pas à leur première manifestation. Des étudiants avaient travaillé de concert avec la communauté pour mettre sur pied une campagne de sensibilisation. Certains rassemblements avaient été houleux. Récemment, une des leaders du groupe, une femme bien estimée de la communauté, avait été arrêtée, violemment, jetée au sol, ce qui a suscité beaucoup d’indignation. En guise de protestation, un groupe de professeurs s’est formé. Ils étaient 125. Ils sont allés parler au chef de police, lui donnant une leçon de démocratie: « Ce n’est pas un problème local, c’est un problème national. Vous ne pourrez empêcher qui que ce soit de voter, c’est à la base de notre démocratie ».

Cent vingt-cinq professeurs sont allés parler démocratie avec les policiers

L’appui des professeur a insufflé un vent d’espoir chez les jeunes. […]

Des chaussures et de l’appartenance culturelle

28 Mar

Des chaussures et de l’appartenance culturelle

Il y a des choses que je n’arrive jamais à faire dans les temps, comme récupérer mes vêtements chez le nettoyeur ou mes chaussures chez le cordonnier. C’est comme ça. Ça peut prendre des mois avant que je n’y retourne.

Récemment, je suis passée chez le cordonnier. « Bonjour monsieur! Je viens récupérer des chaussures qui sont prêtes depuis… bien longtemps!
– Longtemps comme… une semaine?
– Non, plusieurs semaines! »
Je vois cette expression sur le visage de l’homme qui vient de faire un lien.

« Ah! Longtemps comme dans deux mois!
– Oui, c’est possible », lui ai-je répondu avec un sourire amusé.
Il avait tout de suite compris de quelle paire de chaussures il était question. Il est disparu quelques secondes dans l’arrière-boutique avant de revenir avec mes chaussures à la main. Il n’a pas demandé mon nom, il n’a pas même pris mon coupon. « Ce sont celles-là? » Pile, poil!

Il me conseille ensuite sur les cires, un nettoyant que je cherchais puis, il ose la question: « Vous êtes de quelle origine? » Je lui explique que mon père est Haïtien et que ma mère est Québécoise. « Je suis un petit mélange! »
« Mais, poursuit-il, vous, vous êtes Haïtienne ou Québécoise? »
C’est rare qu’on me pose cette question… Je trouve ça intéressant.
« Je suis Québécoise monsieur, je suis née ici. »

« Ha! » s’exclame-t-il haut et fort, avec la satisfaction de celui qui vient de me coincer pour une seconde fois. […]

Les « Monsieur Lazhar » de nos écoles

27 Jan

Les « Monsieur Lazhar » de nos écoles

J’ai été séduite par l’entrevue menée par Catherine Perrin, à Medium Large, le matin du 26 janvier, à Radio-Canada. En compagnie d’Ève Christian, Kim Thùy, et Francis Reddy, elle a parlé des Monsieur Lazhar de nos écoles. Véritable hommage à ces professeurs dévoués qui ont su marquer leurs élèves de leur passion et leur insuffler un désir d’apprendre et d’aller plus loin.

(Émission disponible ici, environ 20 minutes sont consacrées à l’entrevue évoquée)

C’est bien d’en parler, étant donné la situation actuelle de notre système d’éducation, dont on relève bien plus souvent les lacunes que les bons coups.

Je me suis alors mise à penser à mes Monsieur Lazhar à moi, à ces profs qui m’avaient marqués. Je me suis rappelé, en souriant, mon professeur de français en secondaire III, Marcel Themens, qui nous avait bien fait rire en nous présentant une allégorie de la vie, faisant des parallèles avec « une machine à patates » qui servait, dans l’industrie, à faire le tri entre les pommes de terres, selon la grosseur. Celles qui n’avaient pas assez de chair tombaient sous le treillis, directement aux ordures. Je crois que la moitié du cours était passée sur ce message qu’il avait à nous livrer, cette importance d’apprendre, […]

Si l’esclavage m’était conté…

25 Jan

Si l’esclavage m’était conté…

Si l’esclavage m’était conté, j’apprendrais sans aucun doute une tonne de choses.
Si l’esclavage m’était conté, j’aurais mal jusque dans mes fibres les plus fines de tant d’horreurs et d’injustices.
Si l’esclavage m’était conté, une partie de moi se sentirait soulagée de vivre en Amérique du Nord, à notre époque, alors qu’une autre partie souffrirait de l’injustice qui perdure là-bas, d’où vient l’autre moitié de mon être.

L’esclavage ne m’a pas été conté à l’école. Mais l’esclavage, je le sais, je le lis.
Et quand je m’y projette, je craque, comme dans Couleur: Noirs
Difficile de faire autrement, coincée au fond […]

« J’aimerais ça engager des Noirs, pour les aider… »

24 Jan

« J’aimerais ça engager des Noirs, pour les aider… »

Il y a de ces phrases qui, parfois, vous restent en tête durant des années. « J’aimerais ça engager des Noirs, pour les aider », avait dit un producteur américain, débarqué à Montréal pour un tournage. C’était à l’été 2004. Manon, la productrice déléguée, avait fait un bond, irritée : « Je n’engage pas des gens pour leur couleur, je les engage parce qu’ils sont compétents ! »

Piquée par cette commande, Manon a mis sur pied une équipe en ignorant totalement la demande du producteur. Ainsi, elle a engagé des Kouri, des Gandol, des Macedo, des Ferenczi, des Khanna, comme des Fournier, des Robitaille et des Gingras. Sans oublier une petite Michel ! C’était une équipe naturellement formée et à l’image de notre Québec d’aujourd’hui.

Pourtant, le désir du producteur partait d’un bon sentiment. Celui de Manon aussi. Ça me fait penser aux programmes de discrimination positive de nos gouvernements. A-t-on toujours […]

Haïti : Le 12 janvier 2010 de Philippe Fehmiu

12 Jan

Haïti : Le 12 janvier 2010 de Philippe Fehmiu

« Que de souvenirs ! Quand j’ai reçu l’appel pour aller en Haïti, nous mangions ensemble au Méli Mélo », se rappelle Philippe Fehmiu. C’est bien vrai.

Le 12 janvier 2010, la terre s’était mise à gronder, en Haïti. Puis, le sol s’est s’est mis à onduler comme on secoue un tapis, à jeter par terre les gens, les édifices, tout. Plus de deux minutes de peur et de chaos ont ravagé Port-au-Prince et une vaste partie du pays. Ce jour-là, Philippe et moi en étions à nos derniers préparatifs en vue de tourner, pour VOXCouleur: Noirs, un documentaire sur l’identité noire au Québec. Le 15 janvier devait être notre premier jour de tournage. Il a été annulé. L’équipe, tout de même réunie, a décidé d’aller manger dans le quartier St-Michel, chez Mélio Mélo, une petite épicerie avec un comptoir de nourriture haïtienne.

« J’ai eu un appel autour de 14h, se souvient-il, on venait tout juste de finir d’écouter le bulletin de nouvelles à la radio.  On annonçait que des gens marchaient sur la capitale avec des machettes, ils avaient faim. » À 14h, […]

Haïti, je me souviens : 12 janvier 2010

12 Jan

Haïti, je me souviens : 12 janvier 2010

JANVIER 2010. Nouvelle année, nouveaux projets : mon collègue Philippe Fehmiu et moi réussissons à faire accepter à VOX un projet qui nous tient beaucoup à coeur et qui est devenu Couleur : Noirs, un documentaire sur l’identité noire au Québec. Fébriles, enthousiasmés par ce projet, nous travaillons vite et fort avec l’équipe de production pour tout mettre en place rapidement, car on en souhaite la diffusion dès février, dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs. Le premier jour de tournage est prévu pour le vendredi 15 janvier. On y attend Cynthia Nelson, enseignante à Montréal-Nord, Emmanuel Dubourg, député de Viau à l’Assemblée nationale, et peu après, Dany Laferrière, prolifique écrivain. Nous projetons d’y discuter engagement social et politique, et de réfléchir à la place que les Noirs occupent dans ces sphères.

Tout va vite: coups de fils, réunions, confirmations, location d’équipement et soudainement, comme en un grand fracas, la terre vacille et notre monde aussi. On apprend qu’un tremblement de terre vient d’avoir lieu en Haïti. Dévastation.

Emmanuel Dubourg, que l’on souhaitait rencontrer 3 jours plus tard, […]

Une rentrée mémorable !

5 Jan

Une rentrée mémorable !

À la lecture de mon précédent billet, une vieille amie, Christine, s’est souvenue que mon père avait été le premier Noir qu’elle ait vu dans sa vie. Elle avait 16 ans, à l’époque. Nous n’habitions qu’à 45 km de Montréal, mais un monde nous en séparait.

Le Saint-Jérôme de l’époque comptait autant d’habitants que l’Uqàm comptait d’étudiants quand j’ai commencé mon baccalauréat ! Et cette université était maintes fois plus cosmopolite que la la ville de mon enfance. À Saint-Jérôme, dans les années 80, je crois que je pouvais vous nommer par leur prénom tous les Noirs qui habitaient la ville (et j’inclus aussi les personnes métissées), vous citer leur pays d’origine et vous conter l’histoire de leur famille. C’est dire ! Dans mon souvenir, et sous toute réserve, je crois que nous n’étions même pas quinze, au total. Et je n’oserais pas affirmer que ces quinze personnes aient habité la ville au même moment.

La polyvalente que je fréquentais rassemblait tous les jeunes des villes avoisinantes : St-Antoine, Lafontaine, Ste-Sophie, Mirabel, […]

Partir, mais pas tout a fait…

3 Jan

Partir, mais pas tout a fait…

Quatre heures du matin. Pendant que nous dormions tous, bien au chaud sous la couette, mon haïtien de père bravait le froid pour mieux le quitter. Il faisait -13°C au thermomètre, -22°C avec le vent. Rien pour le faire changer d’idée! Il a bouclé bagages, est monté dans le taxi, direction aéroport et… Haïti Chérie !

Un immigrant quitte-t-il un jour vraiment, complètement, définitivement son pays ? Je crois que mon père n’a jamais choisi de quitter définitivement Haïti. Je crois plutôt qu’avec les années, il a simplement décidé de ne plus y vivre. L’attachement reste, cependant! Il avait 18 ans quand il est parti, laissant derrière lui sa mère, sa sœur et un Duvalier tout puissant. Il savait qu’ici, il pourrait acquérir un savoir qui profiterait à son pays d’origine. Il est venu […]