Archive | janvier, 2012

Les « Monsieur Lazhar » de nos écoles

27 Jan

Les « Monsieur Lazhar » de nos écoles

J’ai été séduite par l’entrevue menée par Catherine Perrin, à Medium Large, le matin du 26 janvier, à Radio-Canada. En compagnie d’Ève Christian, Kim Thùy, et Francis Reddy, elle a parlé des Monsieur Lazhar de nos écoles. Véritable hommage à ces professeurs dévoués qui ont su marquer leurs élèves de leur passion et leur insuffler un désir d’apprendre et d’aller plus loin.

(Émission disponible ici, environ 20 minutes sont consacrées à l’entrevue évoquée)

C’est bien d’en parler, étant donné la situation actuelle de notre système d’éducation, dont on relève bien plus souvent les lacunes que les bons coups.

Je me suis alors mise à penser à mes Monsieur Lazhar à moi, à ces profs qui m’avaient marqués. Je me suis rappelé, en souriant, mon professeur de français en secondaire III, Marcel Themens, qui nous avait bien fait rire en nous présentant une allégorie de la vie, faisant des parallèles avec « une machine à patates » qui servait, dans l’industrie, à faire le tri entre les pommes de terres, selon la grosseur. Celles qui n’avaient pas assez de chair tombaient sous le treillis, directement aux ordures. Je crois que la moitié du cours était passée sur ce message qu’il avait à nous livrer, cette importance d’apprendre, […]

Si l’esclavage m’était conté…

25 Jan

Si l’esclavage m’était conté…

Si l’esclavage m’était conté, j’apprendrais sans aucun doute une tonne de choses.
Si l’esclavage m’était conté, j’aurais mal jusque dans mes fibres les plus fines de tant d’horreurs et d’injustices.
Si l’esclavage m’était conté, une partie de moi se sentirait soulagée de vivre en Amérique du Nord, à notre époque, alors qu’une autre partie souffrirait de l’injustice qui perdure là-bas, d’où vient l’autre moitié de mon être.

L’esclavage ne m’a pas été conté à l’école. Mais l’esclavage, je le sais, je le lis.
Et quand je m’y projette, je craque, comme dans Couleur: Noirs
Difficile de faire autrement, coincée au fond […]

« J’aimerais ça engager des Noirs, pour les aider… »

24 Jan

« J’aimerais ça engager des Noirs, pour les aider… »

Il y a de ces phrases qui, parfois, vous restent en tête durant des années. « J’aimerais ça engager des Noirs, pour les aider », avait dit un producteur américain, débarqué à Montréal pour un tournage. C’était à l’été 2004. Manon, la productrice déléguée, avait fait un bond, irritée : « Je n’engage pas des gens pour leur couleur, je les engage parce qu’ils sont compétents ! »

Piquée par cette commande, Manon a mis sur pied une équipe en ignorant totalement la demande du producteur. Ainsi, elle a engagé des Kouri, des Gandol, des Macedo, des Ferenczi, des Khanna, comme des Fournier, des Robitaille et des Gingras. Sans oublier une petite Michel ! C’était une équipe naturellement formée et à l’image de notre Québec d’aujourd’hui.

Pourtant, le désir du producteur partait d’un bon sentiment. Celui de Manon aussi. Ça me fait penser aux programmes de discrimination positive de nos gouvernements. A-t-on toujours […]

Le « Vol Ultime » de La Ronde : le nouveau manège de l’été 2012

18 Jan

Le « Vol Ultime » de La Ronde : le nouveau manège de l’été 2012

Des amas de glace descendent le fleuve, un vent froid souffle en balayant la neige. Autour de nous, La Ronde, déserte et silencieuse. On entend sporadiquement le sifflement du vent qui s’engouffre entre les structures métalliques des manèges et estrades. Au loin, un bruit de mécanique, un martèlement. Des employés sont affairés à forer le sol, en vue de l’implantation d’un nouveau manège.

L’hiver, La Ronde ne dort pas. Quatre-vingts employés sont encore à pied d’oeuvre, dont vingt-cinq à l’entretien. Chaque hiver, on démonte, on révise, on teste tout afin d’offrir aux usagers estivaux un maximum de sécurité. « Nos manèges sont plus sécuritaires que les voitures ! » lance un employé de l’entretien, arguant que nos voitures ne sont pas ainsi démontées chaque années afin de vérifier la fiabilité de chacune des pièces. Ainsi, devant nous,  sont alignés les harnais, roues et autres accessoires des diverses montagnes russes.

« Nous avons encore six ou sept manèges qui sont là depuis l’ouverture de La Ronde, en 1967« , explique la chef de la division communications, […]

Mes « fringgues » a moi

13 Jan

Mes « fringgues » a moi

Une de mes petites joies de coulisses, c’est d’enfiler à chaque émission de nouveaux vêtements. J’ai une talentueuse styliste, Ariane, qui a à ce point l’oeil, que chaque vêtement qu’elle sélectionne pour moi me va comme un gant. Elle connaît les styles que j’aime et ceux qui me vont bien. À la fin, je voudrais bien garder tous les vêtements tellement je les aime, mais c’est rarement possible. Et c’est là que je me laisse aller à rêver.

Si la vie était ainsi, si tous les jours, au lever, j’ouvrais la garde-robe et n’y trouvais que de beaux vêtements qui me donnaient tous envie de les porter, ce serait magnifique ! Si, plutôt que de sortir courir moi-même les boutiques, j’avais ma styliste personnelle qui m’apportait ce dont j’ai besoin, quand j’en ai besoin, ne serait-ce pas merveilleux ? Uniquement des vêtements que j’aime et qui me vont. Vous imaginez tout ce temps gagné ? Pas besoin de vous déplacer, d’essayer une tonne de vêtements avant de trouver celui qui vous va, sans compter le temps que ça vous prend de vous refaire une tête après chaque essayage quand on a des cheveux comme les miens ! Ouf ! Ça existe, le stylisme personnel, bien sûr que ça existe. Ce n’est seulement pas encore dans mon quotidien, ça reste un plaisir de coulisses.

Parmi les possibilités du magasinage personnalisé, il y a aussi parfois le petit plus. Par exemple, le site Internet qui vous laisse essayer […]

Haïti : Le 12 janvier 2010 de Philippe Fehmiu

12 Jan

Haïti : Le 12 janvier 2010 de Philippe Fehmiu

« Que de souvenirs ! Quand j’ai reçu l’appel pour aller en Haïti, nous mangions ensemble au Méli Mélo », se rappelle Philippe Fehmiu. C’est bien vrai.

Le 12 janvier 2010, la terre s’était mise à gronder, en Haïti. Puis, le sol s’est s’est mis à onduler comme on secoue un tapis, à jeter par terre les gens, les édifices, tout. Plus de deux minutes de peur et de chaos ont ravagé Port-au-Prince et une vaste partie du pays. Ce jour-là, Philippe et moi en étions à nos derniers préparatifs en vue de tourner, pour VOXCouleur: Noirs, un documentaire sur l’identité noire au Québec. Le 15 janvier devait être notre premier jour de tournage. Il a été annulé. L’équipe, tout de même réunie, a décidé d’aller manger dans le quartier St-Michel, chez Mélio Mélo, une petite épicerie avec un comptoir de nourriture haïtienne.

« J’ai eu un appel autour de 14h, se souvient-il, on venait tout juste de finir d’écouter le bulletin de nouvelles à la radio.  On annonçait que des gens marchaient sur la capitale avec des machettes, ils avaient faim. » À 14h, […]

Haïti, je me souviens : 12 janvier 2010

12 Jan

Haïti, je me souviens : 12 janvier 2010

JANVIER 2010. Nouvelle année, nouveaux projets : mon collègue Philippe Fehmiu et moi réussissons à faire accepter à VOX un projet qui nous tient beaucoup à coeur et qui est devenu Couleur : Noirs, un documentaire sur l’identité noire au Québec. Fébriles, enthousiasmés par ce projet, nous travaillons vite et fort avec l’équipe de production pour tout mettre en place rapidement, car on en souhaite la diffusion dès février, dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs. Le premier jour de tournage est prévu pour le vendredi 15 janvier. On y attend Cynthia Nelson, enseignante à Montréal-Nord, Emmanuel Dubourg, député de Viau à l’Assemblée nationale, et peu après, Dany Laferrière, prolifique écrivain. Nous projetons d’y discuter engagement social et politique, et de réfléchir à la place que les Noirs occupent dans ces sphères.

Tout va vite: coups de fils, réunions, confirmations, location d’équipement et soudainement, comme en un grand fracas, la terre vacille et notre monde aussi. On apprend qu’un tremblement de terre vient d’avoir lieu en Haïti. Dévastation.

Emmanuel Dubourg, que l’on souhaitait rencontrer 3 jours plus tard, […]

Flashback. Paris 1999.

8 Jan

Flashback. Paris 1999.

Les pieds posés sur les pavés arrondis par le temps. Rue Dante, coin Galande, à deux pas du parvis de Notre-Dame. Prête pour l’aventure, j’emménageais dans la Ville Lumière. Une bague à l’orteil, l’esprit libre comme les dix doigts de mes mains, j’embrassais la vie et ses rebondissements. J’écoutais Vaya Con Dios, tout comme ce matin. Le café fumait, tout comme ce matin. Et j’écrivais, tout comme ce matin. J’en ai noirci, des pages, de mille observations, milles réflexions, amusantes, cocasses et parfois simplistes. Je dois avoir près d’une quinzaine de cahiers Clairefontaine gribouillés des illuminations du quotidien. Au fil du temps, je les ai appelées mes « anecdotes urbaines ». Elles sont partout, il suffit d’ouvrir l’oeil, de tendre l’oreille, elles sont là et elles s’offrent le plus souvent avec gaieté à qui veut bien les voir.

J’écoutais Vaya Con Dios, tout comme ce matin, et le café fumait. J’ai bien voyagé et j’ai bien observé durant cinq belles années. Puis, s’en est suivie la sédentarité, un décennie complète sans bouger. Bah ! J’ai bien mis l’orteil une ou deux fois dans l’eau salée, mais on ne peut pas dire que le voyage faisait partie de ma vie. Je dois admettre qu’elle a aussi son charme et ses joies, la sédentarité. Mais cette année, j’ai rompu. Rompu avec le rythme, les habitudes, la vie effrénée. J’ai mis un grand hola ! j’ai tout retourné, « viré de bord » comme on dit en bon Québécois, et décidé de retrouver ce qui me faisait vibrer… J’ai relu mes anecdotes et eu envie d’en écrire encore.

Une rentrée mémorable !

5 Jan

Une rentrée mémorable !

À la lecture de mon précédent billet, une vieille amie, Christine, s’est souvenue que mon père avait été le premier Noir qu’elle ait vu dans sa vie. Elle avait 16 ans, à l’époque. Nous n’habitions qu’à 45 km de Montréal, mais un monde nous en séparait.

Le Saint-Jérôme de l’époque comptait autant d’habitants que l’Uqàm comptait d’étudiants quand j’ai commencé mon baccalauréat ! Et cette université était maintes fois plus cosmopolite que la la ville de mon enfance. À Saint-Jérôme, dans les années 80, je crois que je pouvais vous nommer par leur prénom tous les Noirs qui habitaient la ville (et j’inclus aussi les personnes métissées), vous citer leur pays d’origine et vous conter l’histoire de leur famille. C’est dire ! Dans mon souvenir, et sous toute réserve, je crois que nous n’étions même pas quinze, au total. Et je n’oserais pas affirmer que ces quinze personnes aient habité la ville au même moment.

La polyvalente que je fréquentais rassemblait tous les jeunes des villes avoisinantes : St-Antoine, Lafontaine, Ste-Sophie, Mirabel, […]

Partir, mais pas tout a fait…

3 Jan

Partir, mais pas tout a fait…

Quatre heures du matin. Pendant que nous dormions tous, bien au chaud sous la couette, mon haïtien de père bravait le froid pour mieux le quitter. Il faisait -13°C au thermomètre, -22°C avec le vent. Rien pour le faire changer d’idée! Il a bouclé bagages, est monté dans le taxi, direction aéroport et… Haïti Chérie !

Un immigrant quitte-t-il un jour vraiment, complètement, définitivement son pays ? Je crois que mon père n’a jamais choisi de quitter définitivement Haïti. Je crois plutôt qu’avec les années, il a simplement décidé de ne plus y vivre. L’attachement reste, cependant! Il avait 18 ans quand il est parti, laissant derrière lui sa mère, sa sœur et un Duvalier tout puissant. Il savait qu’ici, il pourrait acquérir un savoir qui profiterait à son pays d’origine. Il est venu […]